Quand il devient légitime de réfléchir

 

Henri, la trentaine, mène une existence intense. Entre sa vie professionnelle et sa vie privée, il a peu de moments à lui et plusieurs fois par semaine, il ressent le besoin de se poser pour faire le point. Dans ces moments-là, il se vautre dans le fauteuil moelleux de son salon et, à première vue, il ne fait rien.

Laure, sa compagne depuis huit mois, n’aime pas le voir ainsi. Elle lui a expliqué que, quand il partage l’espace, totalement inactif avec l’air de ne pas la remarquer, elle éprouve un malaise. Au bout de quelques minutes à le voir dans cette posture, elle ne peut s’empêcher de briser le silence.

     - Qu’est-ce que tu fais ?

     - Je réfléchis.

     - Ça va ?

     - Oui, oui, c’est juste que… J’ai besoin de réfléchir…

     - Tu me le dirais si ça n’allait pas, hein ?

     - Mais oui…

     Etc.

Plus ou moins long, ce dialogue a pour effet de sortir Henri de sa réflexion. Il en veut à Laure – à croire qu’elle lui interdit de penser, c’est un comble ! Pour cette raison notamment (et d’autres sans rapport avec notre histoire), les deux ne tardent pas à rompre et Henri n’a plus personne pour le déranger.

Le voilà tranquillement chez lui, libre de mener sa réflexion comme il l’entend. Il se vautre dans son fauteuil adoré et en apprécie le moelleux. Et la réflexion commence mais elle est vite interrompue par une petite voix intérieure qui demande :

     - Qu’est-ce que tu fais ?

     - Je réfléchis.

     - Ça va ?

     - !!!

Etc.

Forcément, ce dialogue intérieur, dominé par la culpabilité de ne rien faire d’apparent, parasite sa réflexion. La pause est gâchée et équivaut en fin de compte à réellement ne rien faire. Henri enrage de ne pas plus trouver la paix seul qu’en compagnie de Laure.

 

Le conseil providentiel

 

Par bonheur, il reçoit le conseil d’un proche qui va changer sa vie du tout au tout. Un conseil élémentaire, pourtant : « La prochaine fois que tu décides de "réfléchir", prends un carnet et note le fruit de tes réflexions ». Henri ne souhaite pas suivre le conseil au pied de la lettre, parce qu’il n’aime pas écrire manuellement, son truc à lui c’est la tablette. « Qu’à cela ne tienne, dit l’ami, utilise donc ta tablette ! ».

Depuis, Henri et Laure se sont remis ensemble. Et pas plus qu’avant, Laure n’aime se sentir ignorée par son compagnon silencieux. Mais quand celui-ci se vautre dans son fauteuil avec sa tablette, il ne connaît plus le problème rencontré plus tôt.

     - Qu’est-ce que tu fais ? demande Laure.

     - J’écris.

     - Ah, ok, je te laisse… A toute à l’heure !

Une expression a réussi à tout changer : « j’écris » au lieu de « je réfléchis » ! Parce qu’écrire est un acte. De ce fait, la réflexion devient légitime ! Henri le sent bien, car lui-même a cessé de culpabiliser. Parfois, il ne note que 4-5 mots, à peine une phrase, mais cela suffit. Enfin, il jouit de moments de détente sans entrave, avec la sensation de se ressourcer ! Dire que cette qualité de paix ne dépendait que de quelques mots notés sur une tablette ! Parfois, la magie tient à peu de choses.

 

Bienvenue dans la nouvelle écriture !

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