Obsolescence programmée de nos pratiques ?

Nous savons que nos instruments électriques et électroniques ont été conçus pour tomber en panne au bout d’un nombre dérisoire d’années, suivant des protocoles d’obsolescence programmée.

Il semble que le phénomène se soit étendu à l’ensemble de nos pratiques. A peine avons-nous appris à maîtriser un outil ou une application, un mode de pensée ou de communication, nous entendons dire que c’est désuet et qu’il convient de se tourner vers la nouveauté.

L’obsolescence programmée du Powerpoint ?

Je viens de lire dans un journal gratuit (« Stylist » du 02/06/16) que Powerpoint c’est du passé. D’autres moyens d’illustrer le discours le remplacent, plus souples que cet enchaînement de slides qui cloisonne la pensées.

Entre autres nouveautés : Prezi (mind map animée et zoomable, intégrant du texte, de l’image et de la vidéo) et TED (on parle sans filet, sans images, avec son seul charisme pour tout support)… jusqu’à ce que le public s’en lasse. Parce le public est encouragé à se lasser de tout, c’est bon pour le business.

Il est vrai que Powerpoint est limitatif, peu favorable aux échanges et aux approfondissements. Mais j’en connais qui l’utilisent avec brio. Au prétexte que l’outil est jugé ridicule à présent, ils vont perdre un temps fou à se familiariser avec autre chose. Quoique… Sont-ils obligés d’en passer par cette remise en question ?

La fin programmée du smartphoning ?

Des gens se font renverser par des voitures parce qu’ils ne regardent plus autour d’eux. L’autruche ne plonge plus la tête dans le sable mais dans son smartphone et bientôt dans un casque à écran.

Des services de désintoxication aux outils numériques émergent et tirent le signal d’alarme : « Le trop-plein d’applis dans vos smartphones est une drogue dure ! ». Merci à eux !

(Si vous vous sentez concerné(e) par ce message, abonnez-vous à la newsletter fort sympathique de « La pause digitale »)

Bientôt, grâce à l’action de ces bienfaiteurs qui réapprennent aux utilisateurs à observer un rapport sain au numérique, ceux qui marchent courbés sur leur écran seront montrés du doigt comme des monstres de foire. Mais, est-ce à dire que les applis cesseront d’être inventées ?

La disparition programmée de l’e-mail ?

Beaucoup d’articles sur les blogs déplorent les pratiques de l’e-mailing qui ruinent le quotidien des cadres. Trop de mails reçus (des centaines par jour dans les grandes entreprises), trop peu d’ouverts, trop de copies jointes, des mails écrits plus vite que la pensée et non relus, l’oubli des formules de politesse… Le tout générant un nombre impressionnant de conflits…

Cela fait quelques années que je constate le phénomène. C’est pourquoi je propose un module de formation intra-entreprise pour éviter les débordements, intitulé « écrits et entente » (lien).

Des pratiques absurdes de l’e-mailing amènent à enseigner que « bien écrire », cela inclut « bien publier » et « bien diffuser ». Bientôt, le principe de réactivité immédiate dans la pratique de l’e-mailing sera condamné. Mais l’e-mailing disparaîtra-t-il ?

L’affirmation des bonnes pratiques 

Nous sommes d’infatigables pionniers, tantôt effrayés, tantôt ébahis d’émerveillement à la découverte de nouvelles inventions. Pensez, en 50 ans à peine, le monde est passé du train à vapeur au TGV, de la plume Sergent Major à Apple, de l’opératrice téléphonique au smartphone…

C’est vertigineux et cela permet de comprendre que certains jours, on se sente largué. L’enchaînement des outils à une vitesse effrénée tend à nous faire perdre de vue l’essentiel. A commencer par l’acquisition et la valorisation des bonnes pratiques. Car les bonnes pratiques n’ont pas à devenir obsolètes. Elles sont un moyen de nous affirmer et d’affirmer notre maturité.

Powerpoint, les e-mails et les smartphones, de même que l’ensemble des prochains outils qui seront adoptés sans réflexion, cristallisent les abus et les aliénations. Un appel à la modération s’impose, pas à la disparition.

Vu que la société tend à généraliser le principe d’obsolescence à l’ensemble de nos pratiques et qu’il n’est pas question de se laisser faire, je propose de que l’on n’oublie pas de se raccrocher à quelques questions fondamentales du type : « ai-je besoin de monter dans ce train-là ? », « dois-je vraiment avaler ce plat-là ? », « cette chose-là contribue-t-elle à mon mieux-vivre ? ».

N’oublions pas d’interroger nos désirs et nos intérêts. Adoptons la nouveauté uniquement en cas de réponse positive et, dans ce cas, affirmons durablement nos choix, à travers l’exemplarité de nos bonnes pratiques.

A suivre !

 

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