Entreprendre et régresser, est-ce compatible ?

 

J’aime les gens qui conservent leur part d’enfance. L’enfant est vigilant, il se pose des questions, il a les yeux grands ouverts. Curieux, éveillé, créatif, l’enfant interroge, expérimente et apprend sans cesse. Conserver sa part d’enfance est une qualité d’entrepreneur. Il s’agirait de ne pas la confondre avec l’infantilisme.

 

Il semble que ce soit une tendance. Les publicitaires et autres gens du spectacle l’ont compris, qui nous encouragent à nous complaire dans la régression : bouffer des bonbons gélifiés à tout âge, plonger dans les jeux vidéo et les séries destinées aux ados, etc.

 

Moi qui aspire au nivellement par le haut pour le plus grand nombre, cette tendance me fait mal. Et j’ai envie de barbouiller ce mur à l’intérieur d’un grand magasin, où il est marqué « Homme/Enfant/Bébé » – la bonne blague !

Le pire est que ça ne s’arrête pas aux produits culturels débilitants. L’encouragement à la régression hante aussi la culture de l’entreprenariat.

 

Des magazines nous vendent le monde de l’entreprise comme une usine à rêves. Les portraits des grands patrons ressemblent aux portraits des stars de cinéma dans les revues pour midinettes. « Devenez le Steve Jobs de demain », comme si c’était à la portée de n’importe qui ! Que le cinéma fasse rêver, c’est sa fonction. Mais transformer l’entreprise en mythologie, enfin quoi, reprenez-vous, messieurs les journalistes !

 

Notre société en perpétuelle mutation, impliquant de la formation tout au long de la vie, est-elle si effrayante ? C’est sûr  qu’elle peut décourager certains, qui tendraient à se voir comme d’éternels débutants. De là à se croire éternellement immature, il n’y a qu’un pas. Le franchir, c’est régresser. 

 

 

L’état régressif est une forme de fuite. On n’y trouve ni jouvence, ni fraicheur. C’est plus proche d’une déprime. Tout le contraire de la démarche audacieuse d’entreprendre. Il m’arrive de rencontrer des entrepreneurs régressifs, croyant que l’argent va se gagner facilement, que leur application géniale va conquérir le monde sans publicité, simplement parce qu’elle est trop bien et qu’ils sont trop forts.

 

L’un d’eux a vendu son patrimoine pour créer sa startup sans avoir fait la moindre étude de marché. Il vient de passer un mois à peaufiner les couleurs de son logo, parce qu’il ne se fixe aucune échéance. On a beau lui dire qu’il doit faire preuve de responsabilité, il n’écoute pas et s’accroche à son rêve. Pourtant, c’est un type super ; et il est en train de désespérer ses proches. Quelqu’un aurait-il la solution pour le sortir de là ?

 

Les 3 photos de cette page ont été prises au cours de la dernière quinzaine.

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