Quid de notre addict attitude ?

 

AddictFrance est une association de prévention des risques liés à l’usage de l’alcool. Le nom de cette structure me semble parfaitement approprié. Ce qui me semble l’être moins, c’est celui de cette galerie d’art dans le 3ème arrondissement de Paris : « Addict Galerie ». Ou ce site réunissant des passionnés de lecture, « Livraddict ». Ou « Publi-addict » pour un site proposant de monnayer vos données personnelles… Tapez « addict » dans Google : il y en a des pages et des pages ! R Addicts Paris, Addict Immobilier, Petits Pois Addict, Montmartre Addict, Data Addict, Loulou Addict, Beauté Addict, Horror Addict, Soul Addict, Club Addict… Oui, tous ces noms existent et plein d’autres !

 

Addictivement correct

 

Ainsi, rendre addict serait devenu une qualité. Chefs d’entreprises, adoptez la dealer attitude ! Et la junky attitude côté public, où l’on est fier de s’avouer addict à telle série, à tel groupe musical, à tel genre littéraire.

Je ne sais pas pourquoi mais je remarque que, de tout temps, le vocabulaire choisi pour caractériser notre engouement à des produits culturels traduit un rapport malsain.

Il n’y a pas si longtemps, on disait « j’adooore !!! » ; or, tomber en adoration est une attitude de fanatique frôlant l’hystérie – mais on n’y trouvait rien à redire. Quant à moi, j’avoue être sensible à la notion de « passion », laquelle est souvent dévorante. Je suis un passionné d’écriture. Ado, je me disais « carrément fou » ou « dingue » de cinéma et de littérature. Ces comportements ne sont-ils pas inquiétants ?

 

Un lien existe entre le choix lexical et la vérité profonde qu’il trahit, je ne crois pas au hasard en la matière. Derrière l’addiction, il y a l’idée que nous ne sommes plus maîtres de nous, que nous sommes dépendants d’un truc plus fort que nous. Et il y a une idée de poison. A petite dose, beaucoup de produits sont des bienfaits, tandis qu’à dose addictive, certains deviennent mortels. D’ailleurs de nos jours, le mot « mortel » ne sert-il pas à qualifier quelque chose d’excellent ?

 

Pourquoi pas « Addict Formation » ?

 

Si j’avais eu l’audace de baptiser mon activité « Addict Formation », je n’aurais pas compris grand-chose à mon métier. Car la formation est une invitation à la maîtrise de soi et à l’indépendance… « Quoique », me glisse à l’oreille ma part malicieuse, ajoutant : « Ton aspiration profonde à te hisser et à hisser ton prochain vers le haut ne relève-t-elle pas de l’addiction ? ». Eh bien non, lui rétorqué-je, car une formation ne nous domine jamais à la manière d’une drogue ! Se hisser vers le haut est exactement le contraire de se laisser dépasser. De plus, mon goût pour l’élévation a beau être prononcé, je prends régulièrement plaisir à marquer des pauses. Comprenez qu’il m’est impossible de me hisser 24h/24 !

 

Donc, j’en reviens à ma première interrogation : pourquoi associer à notre consommation de biens culturels des mots nocifs ? Cela traduit-il un désir d’autodestruction par overdose de loisirs ? Ou un jugement ironique de la nature desdits loisirs, comme une dénonciation de leur pouvoir d’abrutissement ? Ou un appel au secours, un besoin d’être soigné ?

 

Le débat est lancé.

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